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Lune

Avec un diamètre de 3 476 kilomètres contre 12 714 kilomètres pour celui de la Terre, la Lune est l’unique satellite naturel de notre planète. A certains égards, c’est une planète jumelle de la Terre. Les deux corps sont liés par la gravitation : la période de rotation de la Lune autour de son axe correspond exactement à sa période de révolution (27 jours 7 heures 43 minutes) ; cela explique pourquoi nous voyons toujours la même face de la Lune, l’autre face restant cachée. Il y a toutefois une différence essentielle entre la Terre et notre satellite : la Lune est un astre mort, pratiquement sans atmosphère, sans eau de surface et où il n’y a pas de vie possible pour autant que nous le sachions. Comme toutes les planètes, elle n’est visible que parce qu’elle réfléchit la lumière. Le premier et le dernier croissant de la Lune comme le disque complet de la pleine Lune sont directement illuminés par le Soleil, selon un cycle de phases de 29 jours.

Au cours de ce cycle, la partie visible de la Lune croît depuis la nouvelle Lune, en passant par le premier quartier, jusqu’à la pleine Lune, puis elle décroît, à partir du dernier quartier, devient un croissant qui s’amincit peu à peu et finit par dis-paraître jusqu’à la nouvelle Lune. Parfois, dans le ciel, le soir, on découvre un beau phénomène connu sous le nom de « clair de Terre » : la lumière du Soleil réfléchie par la Terre atteint la partie obscure du disque lunaire et l’éclaire faiblement. Satellite d’une planète moyenne, la Lune n’a évidemment pas le même rang que le Soleil dans la hiérarchie des astres. Cependant, pour nous, le Soleil et la Lune forment un duo. Ce sont les deux plus grands objets lumineux de notre ciel, et ils sont presque universellement considérés comme des jumeaux qui se partagent le jour et la nuit. En outre, du fait d’une coïncidence extraordinaire, qui émeut sans doute plus les poètes et les amateurs de mythologie que les astronomes, bien qu’ils soient séparés de nous par des distances très différentes, ils nous semblent tous les deux à peu près de la même grosseur. Le symbolisme lié à la Lune, dans les différentes civilisations et à toutes les époques, parait tout d’abord extrêmement diversifié, très complexe et plein de contradictions, sur-tout quand on le compare à la relative unité des représentations mythiques du Soleil.

Cependant, on peut voir dans cette disparité une ex-pression du caractère changeant et inconstant de l’astre de la nuit. Au cours de la Préhistoire, il semble que la Lune ait eu une importance plus grande que le Soleil, et, selon toute apparence, dans la majorité des civilisations, on a commencé à établir un calendrier en comptant les e mois lunaires » plutôt que les saisons solaires ; il apparaît que le plan de nombreux sites mégalithiques a été établi en fonction de certaines données astronomiques, et notamment celles de l’orbite de la Lune. Le nom du dieu lunaire japonais, Tsuki-Yomi, dérive des termes signifiant « Lune » et (1 compter ». La représentation du dieu lunaire de l’ancienne Égypte, Thot, parfois doté d’une tête d’ibis ou de chien, ou prenant la forme d’un babouin portant un croissant de Lune sur la tête, témoigne d’une ancienne conception religieuse : la Lune et le Soleil, en se levant et en se couchant, se remplacent mutuellement dans le ciel. Lorsque le dieu solaire Ra effectue son voyage dans le monde souterrain, au cours des heures d’obscurité, on fait appel à Thot pour prendre sa place dans le monde supérieur. Dans certains récits, c’est Rê qui a créé la Lune pour éclairer le ciel durant la nuit, et qui a chargé Thot de la garder. Ce dernier tient également le calendrier du monde, et il a enseigné à l’humanité les arts et les sciences. Plus tard, il a été identifié à Hermès par les Grecs.

A une époque plus récente, Thot est devenu une source d’inspiration pour la doctrine hermétique des Grecs, des Arabes et des Européens. Le rôle régulateur de la Lune sur le cycle menstruel (ce dernier mot vient du grec menses, qui signifie « Lune ») était lié directement, dans l’Antiquité, à la fécondité. Lorsqu’on est passé du matriarcat au patriarcat, la Lune s’est vu attribuer un rôle de plus en plus féminin, alors que le Soleil était associé à la partie masculine de la société. On trouve une représentation caractéristique de la Lune et de sa féminité en la per-sonne de la déesse lunaire Ch’ang-o, ou Hang-o, l’une des divinités les plus vénérées des Chinois. La fête de la Lune, qui se tient le jour de la pleine Lune qui suit l’équinoxe d’automne, est l’une des trois grandes fêtes annuelles. Elle est dédiée uniquement aux femmes et aux enfants, et les hommes n’ont pas le droit d’y prendre part. On façonne de petites statuettes en forme de lapin, ou des soldats à tête de lièvre deux animaux lunaires, et les enfants font des offrandes à la Lune qui se lève. Dans la mythologie chinoise, Ch’ang-o est la femme de l’archer I, qui reçut l’élixir d’immortalité pour avoir sauvé l’humanité en abattant neuf des dix Soleils, alors qu’ils se levaient ensemble et conspiraient pour brûler le monde. Un jour, I rentra chez lui et constata que son épouse avait bu l’élixir ; elle s’était en-fuie vers la Lune et I se lança à sa poursuite. Le lièvre lunaire offrit une protection à la femme et força  à abandonner sa poursuite. Depuis ce jour, on considère que Ch’ang-o vit dans la Lune et qu’elle est un modèle de beauté et de modestie. Aujourd’hui, on considère souvent comme allant de soi le caractère féminin de la Lune ; pourtant il n’en a pas toujours été ainsi, comme on peut le voir en Égypte, où elle prend la forme du dieu masculin Thot. Au Japon, Tsuki-Yomi est un dieu lunaire, et, dans la mythologie mésopotamienne, le dieu lunaire Sin est représenté sous les traits d’un vieil homme portant une barbe; c’est même la divinité la plus importante d’un trio qui comprend aussi Shamash, le dieu du Soleil, et Ashtart, l’équivalent de Vénus. Dans la mythologie brahmanique, on dit que les âmes des défunts vont dans la Lune. Cette identification de notre satellite au royaume des morts soulève un problème qui concerne sa signification symbolique. Ses phases, en effet, présentent une certaine ana-logie avec les cycles organiques et la vie de la nature ; la mythologie de certaines contrées d’Amérique du Sud fait de la Lune la mère des végétaux. Dans l’ancienne Mésopotamie, certains considéraient que c’était la chaleur de la Lune, et non pas celle du Soleil, qui apportait aux plantes l’énergie nécessaire à leur croissance. Et en même temps, à l’inverse, pour beaucoup de peuples, ces phases ont été synonymes de décrépitude et de mort. Cette ambivalence, cette coexistence de la vie et de la mort, on la retrouve dans l’identification de la Lune à une divinité triple qui se manifeste sous de très nombreux aspects, en particulier sous celui d’une trinité féminine, par exemple les trois Grâces, ou encore les trois sorcières. Les poètes de la Grèce antique voyaient dans Artémis (la Diane des Romains), chasseresse et vierge, la «déesse aux trois formes, ses deux autres personnalités étant Séléné, c’est-à-dire la Lune qui parcourt le ciel, et Hécate, la déesse mystérieuse du monde souterrain. Cette divinité triple peut être apparentée aux trois phases du cycle lunaire : l’arc d’argent porté par Artémis représente le croissant de la nouvelle Lune, alors que Séléné est la pleine Lune, et Hécate l’aspect obscur de l’astre. Cette dernière possède elle-même une personnalité triple, et elle est souvent décrite comme une femme ayant trois corps ou trois têtes. Elle erre parmi les âmes des morts, et des aboiements de chiens annoncent son approche. Elle se tient sur les tombeaux, dans les lieux solitaires et à la croisée des chemins, et enseigne la sorcellerie et la magie. On la dépeignait parfois sous les traits d’une vieille femme (allusion à la dernière phase du cycle lunaire), et son culte donnait lieu à des libations à la fin de chaque mois. Dans la mythologie, l’influence que la Lune exerce sur les marées se reflète dans le symbolisme relatif à l’eau. En Inde, par exemple, dans les mythes brahmaniques, le dieu Soma (du mot soma, désignant une boisson hallucinogène qui était, dit-on, la nourriture des dieux et qui contenait le fameux élixir d’immortalité) était identifié à Candra, la déesse de la Lune, et représentait les eaux de la vie. Dans les anciens contes germaniques, la Lune correspond souvent à l’eau et aux ruses. Dans l’un des plus connus, le renard persuade le loup que le reflet de la Lune apparaissant sur une mare est une jeune fille qui se baigne. Le loup plonge dans l’eau pour tenter de s’en saisir, et se noie. On retrouve les phases de la Lune dans de nombreux mythes de toutes les régions du monde. Chez les Maoris, la Lune (un personnage masculin) enlève la fille du dieu Rona. Ce dernier, furieux de ce rapt, décide d’affronter la Lune, et leur combat dans le ciel date de cette époque. Lorsque la Lune décline, on dit qu’elle est fatiguée de combattre et qu’elle a besoin de repos ; elle le prend durant la période où elle est en phase de croissance ; à la pleine Lune, le combat reprend de plus belle. En astrologie et en psychologie, la Lune symbolise souvent le monde subliminal, la lumière faible du non-conscient, opposée à la brillante clarté de la conscience, et elle représente souvent l’âme, face à la claire conscience de soi personnifiée par le Soleil.